Longtemps considéré comme une activité réservée aux populations rurales et aux personnes âgées, l’élevage connaît aujourd’hui une transformation notable en République de Guinée, notamment dans la commune urbaine de Kankan. Les jeunes, de plus en plus impliqués, adoptent de nouvelles pratiques et créent des fermes modernes. Cependant, les acteurs du secteur font face à d’énormes difficultés. M. Moustapha Diané, président de la coopérative des éleveurs de Kankan, a accordé une interview à Agri224.com pour faire le point sur la situation.
Agri224.com : Bonjour M. Moustapha Diané. Merci de nous recevoir dans votre bureau. Pour commencer, comment évaluez-vous l’état de l’agriculture, avec un grand A, dans la région de Kankan ?
M. Moustapha Diané: Le secteur de l’agriculture, avec un grand A, inclut à la fois l’agriculture et l’élevage. Aujourd’hui, ce secteur commence à se porter mieux dans la région de Kankan. Auparavant, les gens ne s’intéressaient pas beaucoup à l’agriculture, et encore moins à l’élevage. Quand on parlait d’éleveurs, c’était souvent des personnes âgées. Mais aujourd’hui, les jeunes commencent à comprendre l’importance de ce secteur et s’y investissent. Ils mènent des recherches et explorent des moyens pour développer l’élevage dans notre région.
Agri224.com: Comme tout autre secteur, l’agriculture et l’élevage sont confrontés à des défis. Quelles sont les principales difficultés auxquelles vous faites face à Kankan ?
M. Moustapha Diané : Effectivement, l’agriculture en général, et l’élevage en particulier, rencontrent de nombreuses difficultés dans la région de Kankan. Le premier problème est l’alimentation des animaux. Les éleveurs ont du mal à se procurer des aliments de qualité. Par exemple, pour les caprins, les volailles et les bovins, le maïs est un composant essentiel de leur alimentation. Or, l’accès au maïs est difficile ici, et son coût est très élevé. Quand les animaux ne sont pas bien nourris, cela affecte directement la production et la qualité de la viande.
Agri224.com : On nous rapporte également que l’accès aux produits vétérinaires est problématique à Kankan. Pouvez-vous nous en dire plus ?
M. Moustapha Diané: Oui, c’est un autre défi majeur. Pour développer l’élevage, il est essentiel de vacciner les animaux. Mais à Kankan, l’accès aux vaccins est très difficile. Soit les vaccins ne sont pas disponibles, soit ils sont stockés dans des conditions inappropriées, ce qui les rend inefficaces. De plus, les programmes de vaccination ne sont pas toujours respectés, ce qui expose les éleveurs à des pertes importantes.
Les éleveurs de volailles, par exemple, rencontrent des difficultés pour se procurer des poussins. Ceux qui élèvent des poulets de chair ou des races hybrides font face à des problèmes liés au manque d’électricité, essentielle pour l’éclairage et le chauffage des poulaillers. Enfin, il y a le problème de la commercialisation. Même lorsque la production est bonne, écouler les produits reste un défi.
Agri224.com: Pour conclure, avez-vous un message à adresser aux autorités et aux personnes de bonne volonté ?
M. Moustapha Diané : Je tiens d’abord à remercier le président de la République pour son engagement en faveur du développement de ce secteur. Je salue également le ministère de l’Agriculture et de l’Élevage, ainsi que les autorités locales, qui accompagnent les éleveurs dans leurs efforts. Cependant, il faut redoubler d’efforts, car les défis à relever sont immenses.
J’en appelle aux personnes de bonne volonté et au gouvernement pour qu’ils s’impliquent davantage. Nous devons faire en sorte que notre pays devienne autosuffisant en produits d’élevage, plutôt que d’en importer.
Enfin, j’encourage les jeunes à s’investir dans l’élevage. Il ne faut pas croire qu’un diplôme universitaire oblige à occuper un poste de bureau. L’élevage est un secteur où l’on peut démarrer avec peu de moyens et voir des résultats concrets en deux ou trois ans.
Agri224.com: Merci, M. Moustapha Diané, pour cet entretien.
M. Moustapha Diané : C’est à moi de vous remercier. Merci beaucoup !
Cette interview a été réalisée par Facely Enquêteur Sanoh, journaliste agricole.
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